lundi 24 mai 2010

Une mission, ça se raconte

(Apparté : j'ai écrit cette note il y a un mois ... Ahem, en ce moment je ne touche plus terre, donc je ne suis pas très assidue sur le blog. C ne va pas s'arranger, parce que je pars ce midi, pour Moscou cette fois. Retour vendredi !)

Tiens, je me suis dit que ça serait sympa que je raconte les petites péripéties quotidiennes d’une mission à l’étranger … Je profite pour cela d’une de mes – nombreuses – pauses tire-lait.

Mardi 27 avril

Finalement, c’est aujourd’hui que je pars. Les autres membres de l’équipe de négociation sont déjà sur place depuis dimanche, mais j’ai profité du fait que le juriste de notre client n’arrivait que mercredi pour gagner 2 jours de rabe.
J’ai commandé un taxi pour 11h45, et le matin passe à une vitesse dingue. Arthur s’est réveillé 5 fois dans la nuit, je suis un peu crevée. Je lui ai bien sûr tout expliqué, plusieurs fois. Peut-être qu’il a voulu faire le plein de Maman ? JC ne dit rien, je me demande s’il appréhende pour les nuits …

Dire au revoir aux Titis, c’est vraiment, vraiment le plus dur. Surtout Arthur, avec qui j’ai un lien physique encore si fort. Ma Petite Boule me regarde avec sa bonne bouille de bébé, il me sourit en essayant d’attraper mes cheveux. A-t-il vraiment compris ?

Madenn, elle, a compris que Maman allait prendre l’avion, atterrir de l’autre côté de la mer, et rester qq jours là-bas pour le travail. Elle me dit qu’elle me fera coucou quand elle verra un avion dans le ciel. Petite puce …

Je les serre tous les trois fort dans mes bras, et ils sont partis, Madenn me fait coucou de la main à l’arrière de la voiture, un dernier regard à Arthur, j’ai les larmes aux yeux.



Et hop, c’est la course : prendre mon petit déjeuner, préparer ma valise – quel temps il va faire à Ottawa cette semaine ? , lancer une machine de linge, l’étendre et plier celui qui est sec pour soulager un peu JC pendant que je ne serai pas là …Oups, il est 11h35 et … J’ai pas tiré mon lait, merde ! Je sors mon tire-lait de la valise et tire 10mn, ça y est, je suis en retard.

… Quelques dizaines de minutes plus tard, le taxi me dépose à l’aéroport ; ça y est je suis passée en mode « Claire voyage », ouf, c’est plus confortable que « Claire quitte ses enfants ».

Pour la première fois de ma vie je vais voyager en classe affaires, youpi ! Au salon Air France de Roissy, je demande à l’hôtesse où je peux tirer mon lait. Je me retrouve … Dans les toilettes évidemment.

Juste avant d’embarquer pour Montreal, je rallume mon téléphone. J’ai un message de G., le commercial qui est déjà sur place : l’équipe de notre client Russe n’a pas eu ses visas et est clouée en Russie. Je fais quoi, moi : j’embarque ou je rentre à Toulouse ? Les joies du voyage d’affaire … Finalement, G. me dit qu’il vaut mieux que j’embarque : ils vont bien finir par avoir leurs visas !

Et c’est parti pour 7h de vol … Je vous passe les détails sur la classe affaire, mais sur un vol de 7h ça fait vraiment la différence. Rien que de pouvoir quasiment s’allonger, en ayant de la place pour les jambes, ça change tout ! En milieu de vol je vais prévenir l’hôtesse que je vais squatter les toilettes pour tirer mon lait, qu’elle ne s’inquiète pas si ça dure un peu : un sourire et aucun commentaire, ne serait-ce qu’étonné : ils sont professionnels, chez Air France, dis-donc (ou alors il y a plein de femmes qui tirent leur lait en voyage ? Rêvons un peu).

Dans l’avion j’essaie de ne pas dormir : j’atterri à 16h, et si je dors maintenant, je risque de le regretter plus tard …
A Montreal, ça fait bizarre de se retrouver en environnement Francophone, mais avec l’accent. Je récupère ma valise ; il y a partout des policiers avec des chiens renifleurs. Fichtre, ils plaisantent pas aux Douanes Canadiennes ! J’apprendrais plus trad qu’en fait il y a deux sortes de chiens : ceux dressés pour rechercher la drogue et ceux qui cherchent … Le saucisson (et le fromage, enfin tout ce qui se mange et qui est bon, quoi)
Chacun son idée de ce qui est dangereux ;-)
Je m’isole à nouveau dans des toilettes pour tirer mon lait, ça devient une constante…

Et il neige ! je n’en reviens pas, la météo ne m’avait pas prévenue… Je m’emmitoufle et court prendre le tout petit avion qui va m’emmener à Ottawa, pour un vol de 40 mn.
Bon, faut que je vous dise, en avion j’ai pas peur. Mais là quand même … Déjà, dans tous les avions que j’ai pris avant, il y avait un gilet de sauvetage. Même le Moscou-Ulaan Baator, alors qu’a priori, on n’est pas supposés voler au dessus d’une mer ou d’un océan, hein.

Et ben là, non. Dans mon petit coucou d’Air Canada, il y écrit a ça : "Le coussin de votre siège sert de bouée de sauvetage"

Autrement dit : « hé, si on tombe dans le Saint-Laurent, débrouille toi cocotte, un siège d’avion, ça flotte ! ».

Je vous passe le vol ou on a l’impression d’être assise sur l’aile de l’avion plutôt qu’à l’intérieur, et où on sent bien chaque turbulence … De toute façon je commence à être trop fatiguée pour sentir tout cela : on atterri à Ottawa à 21h (c’est normal, la gerbe d’étincelles sur le train d’atterrissage quand l’avion freine à bloc ?), et ça fait 3h du mat’ à mon horloge biologique. Ma journée a duré 30h, je veux DORMIR !

Allez zou, récupérer ma valise, tirer du cash pour le taxi (ma carte affaires ne marche plus, super, je vais devoir tirer sur mon compte perso), aller faire la queue et donner le nom de l’hôtel… A l’hôtel le type me parle Anglais avec un méga accent Canadien, je comprends rien, je suis trop fatiguée … J’arrive dans ma chambre, et après avoir défait ma valise, je décide de faire l’impasse sur le tirage de lait : trop naze, au lit !
Je m’effondre à 22h30, avec ce sentiment familier à tout début de mission : ça fait bizarre de s’endormir dans un lit inconnu, toute seule dans un chambre d’hôtel.

mercredi 28

Humpf. Fichu décalage horaire : je me suis réveillée à 3h, puis 4h, puis 5h … J’arrive pas à me rendormir. Et j’ai les seins de Pamela Anderson, je le savais, que j’aurais dû tirer avant de me coucher. Bon OK, je me lève, et installe le TL. Une fois que j’ai terminé je regarde les quantités : j’ai tiré 360 mL en une fois. Quel gâchis ! Je peux peut-être le mettre dans mon bain, comme Cléopâtre, mais en mieux ?

Après un petit déj pantagruélique, je retrouve les collègues : G. m’annonce que nos homologues Russes ne sont toujours pas là et qu’ils ne sont toujours pas sûrs d’obtenir leurs visas. Super, je suis ravie d’être venue pour … Quasiment rien. Avant de partir chez le client Canadien, je me regarde dans la glace de ma chambre d’hôtel : maquillée, en jupe et en talons … C’est rigolo, cette impression d’endosser un costume : je suis déguisée en juriste d’affaires :-)

La journée chez le client passe lentement. Même si ça a un côté facile d’échapper à la pression de la négo, j’aurais préféré que nos interlocuteurs Russes soient là : j’ai la désagréable impression de tourner à vide.

Vers 13h30 j’appelle à la maison, il est 19h30 en France. JC a l’air un peu sous la vague, donc il me passe Madenn. Ca me fait tout drôle d’entendre la voix de ma puce déformée par le téléphone : « Allo Maman ? Tu as pris l’avion ? » Qu’est-ce que je l’aime …
J’apprends qu’Arthur a dormi de Minuit à 5h du mat’, je suis soulagée pour JC.

Le soir on part à pied, dans un restaurant de fruit de mer. Pour la première fois de ma vie je goûte du homard (hey, c’est fait pour ça, les déplacements professionnels, hein !). C’est pas mal du tout mais je préfère le dormeur des Glénans. Je dois être chauvine :-p
Enfin le plus rigolo c’est l’espace de bavoir qu’ils te donnent pour éviter que tu t’en mettes partout. Le mien reste intact (la classe !), du coup je le prends pour le ramener à Madenn. Il y aun homard dessiné desuss, avec un grand soleil, ça va lui plaire.


Jeudi 29

Au petit déj G. me dit qu’il a eu les Russes au tel : ils ont bon espoir d’obtenir leur visa pour être sur place vendredi soir, et ils veulent qu’on reste et prolonge notre séjour ici. Je lance à G. mon regard n° 7, celui qui dit « même pas en rêve ».
Au final on décide que si vraiment y a besoin, on ira à Moscou la semaine du 17 mai. Humpf et re-humpf, elle commence à me saouler cette mission.

Heureusement il y a les bons côté : cette ambiance un peu « colonie de vacances ». je ne vois pas grand chose du Canada (ben oui, on n’est pas là pour faire du tourisme !), mais c’est toujours dépaysant … Le pays me laisse une impression très cosmopolite. Parmi nos interlocuteurs Canadiens, il y a des gens de toutes les origines, de toutes les couleurs … Ca fait du bien. Mais je note que, comme souvent dans le monde du spatial, il n’y a pas de femmes. En fait c’est simple, je suis la seule. Pas grave, j’ai l’habitude.

L’après midi, petite discussion avec un collègue Québécois, d’où il ressort qu’on ne frappe pas les enfants au Canada. Il m’explique que si qq’un voit un parent donner une gifle à son enfant dans la rue, il appelle la police.
La France est décidément bien en retard …

Vendredi 30

Hier soir nous sommes allés dans un restaurant Japonais. Sympa … Comme d’habitude quand je suis en mission, je n’ai pas pu m’empêcher de manger des quantités impressionnantes.

Et, ce matin, en sortant de la douche, je remarque quelques petits coussins disgracieux qui se sont logés en haut de mes cuisses et sur mes fesses. Et mon bide ressemble de plus en plus à un petit 4 mos de grossesse. Hum, entre ça et ma lactation qui malgré mes efforts pique du nez, il est vraiment temps que je rentre !

Heureusement le départ est pour cet après-midi. Ce matin nous avons eu le temps d’aller nous promener un peu avant d’aller chez le client ; j’en ai profité pour acheter des petites choses pour Madenn : des sucettes au sirop d’Erable, un petit lapin en sucre d’érable … Je crois que même si je partais tous les mois (God forbidd !), je ne pourrais pas ne pas lui ramener un petit quelque chose. C’est une façon de me rapprocher d’elle, alors qu’on est si loin …

Rien de passionnant côté professionnel aujourd’hui encore : notre client Russe, toujours bloqué pour cause de visa, ne viendra pas. J’aurais mille fois préféré être un peu sous pression et négocier, là j’ai l’impression de servir à rien et c’est franchement désagréable.

Vers 13h30 j’appelle en France, c’est Madenn qui décroche, JC doit être occupé avec Arthur. Ma puce me raconte un peu sa journée (elle était chez Nounou Brigitte, Nounours l’a tapée, là elle regarde Minuscule : « Tu vois Minuscule Maman ? Il monte un escalier ! ») … Puis me raccroche au nez. 5 fois !
Quand JC rappelle 5 mn plus tard, j’entends Madenn en pleurs : elle a – encore, apparemment – pris le biberon d’Arthur, et JC a crié. J’essaie de la consoler au téléphone, pas facile … Ha, comme j’ai hâte de rentrer !

Normalement on part dans 1h, j’espère qu’on ne prendra pas de retard car je déteste courir pour chopper un avion.

4 commentaires:

  1. Oh la joie des voyages d'affaires!! Jamais fait ca depuis que je suis maman mais j'ai eu ma dose dans ma vie d'avant!! Sympa hein la business class d'AF :D Bon courage pour Moscou et a bientot!!

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  2. Pfiu....au moins plus personne ne pourra penser que ça ressemble à des vacances tes voyages d'affaire.
    Bon courage...et reviens nous vite. :)

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  3. Moi, je te dis : écrit un livre, j'ai adoré lire ton voyage d'affaire, vraiment, j'y pensai ds ma voiture tout à l'heure!!! Gros bisous working girl!!

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  4. pareil que sev! j'ai adoré lire cette petite histoire! j't'ai imaginé partout: dans le taxi, dans l'avion, dans l'hotel, au resto...
    des bisous ma buisneswomen préférée <3

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