mardi 12 juillet 2011

Une mission en Norvège (2)

La suite, tant attendue, et après la fin du suspense, de ma mission en Norvège … Autant la savourer, parce que vu l’activité économique en ce moment, au boulot c’est plutôt classement et formation que négociations endiablées.



Le site du client : c'est beau, un peu grandiose ... A l'image de la Norvège on dirait


Mardi 11 mai

Or donc, les choses sérieuses ont commencé, ça y est, je suis dans le grand bain. Et j’y suis complètement, parce que pour une raison que je n’ai pas encore comprise, on est 4 pour l’équipe contractuelle, et il y en a une qui tient le crachoir, c’est moi. Bon OK, le chef de zone m’a présentée au client comme étant le « team leader » pour les T&Cs (Terms and conditions, le corps du contrat sans les annexes, quoi). Ah bon ? J’étais pas au courant mais je ne bronche pas et fais un sourire confiant genre « Mais oui mes cocos, team leader, ça me connaît ! ».

D’ordinaire dans une négo contrat le/la commercial(e) est très présent : c’est SON client, SON affaire, toi t’en gentille, mais t’es en support, hein. Et ça me va bien, d’ailleurs. La plupart du temps, l’équipe de négo trouve vite son équilibre : chacun parle pour sa spécialité bien sûr, mais il se crée rapidement une synergie, tu vas sentir quand ton partenaire s’essouffle, que ce soit par ce qu’il fatigue, ou qu’il arrive à bouts d’arguments ; et toi, même si c’est pas complètement ton domaine, tu vas prendre le relais, presser un point (mince, c’est un anglicisme, ça non ?), enchaîner … Et tout ça se fait assez naturellement

Là, je sais pas pourquoi, la commerciale, on l’a pas entendue. OK c’était sa première affaire, elle débute, tout ça … Mais bon même après avoir entendu mes boutades lourdingues du genre « Heu, je me sens un peu toute seule, là ! » et autre « Tu sais I., tu es autorisée à parler au client, hein ! », elle a pas changé d’attitude.
Et comme le chef de zone semblait très pris par son blackberry, et le financier encore un peu débutant (mais il est le seul à avoir volé à mon secours quand j’ai fait part de mon malaise, merci à lui !), ben j’ai pris des pastilles pour la gorge, un supplément de flotte, et zou, vas-y, dis des trucs, et pertinents (et convaincants) si possible.

Comme on s’y attendait, la négo est rude. On est encore en concurrence et ça se sent, le client ne se prive pas de nous faire comprendre quand on ne veut pas lâcher sur un point que notre concurrent, lui, là-dessus il a cédé. Bluff ou pas ? That is the question …

La journée passe vite, mais ce qu’il y de bien avec les Norvégiens, c’est qu’ils sont super ponctuels, j’adore ces mecs : sur le planning il y a écrit qu’on finit à 17h30, ben à 17h25, ils te font comprendre qu’il faut plier bagage. Ah oui, parce qu’en plus d’être ponctuel, le Norvégien finit sa journée de travail à une heure trèèèèèèès décente ; en témoigne ce panneau vu dans un bar-restaurant du centre d’Oslo, qui propose un « after-work » :


Vous avez bien lu. En France, l’after-work commence à 19h !

Mercredi 12 Mai

Mercredi, on remet ça : on arrive un peu en avance chez le client, au taquet … les négos sont dures quand même. Moi qui aime échanger sur les concepts intellectuels, comprendre le pourquoi de la position de l’autre, proposer … Je suis un peu frustrée : le client use et abuse de son argument-massue : « votre concurrent, lui, là-dessus il a cédé », toujours sans qu’on puisse savoir si c’est vrai ou pas.

Je défends quand même vaillamment mes sujets chauds juridiques, et me retire un peu pour que l’équipe commerciale prenne plus de place : très pratique, le coup du téléphone-pardon-de-vous-laisse-j’ai-un-appel-urgent.

Les journées passent toujours très vite, c’est quand même intense. Le soir on décide, avant d’aller au resto, de s’aérer un peu. Certains on amené leurs affaires pour courir, moi il me maque mes baskets, flûte ! Je décide du coup de faire partie des braves, ceux qui ont même pas peur : baignade dans le fjord !
L’eau est glacée (enfin, dans les 14-15°) mais ça fait un bien fou, on a l’impression d’y abandonner toutes ses tensions.

Après, on part se trouver un resto dans Oslo, c’est l’occasion de se balader un peu et de découvrir.





J’aime bien : c’est un port assez tranquille, pas une très grosse ville, avec une dominante : des œuvres d’art partout. Et des maousses, plutôt du genre sculptures... Les Norvégiens ont beaucoup d’argent (le gaz, le pétrole … Le gaz surtout), et ils aiment faire du mécénat apparemment. Il doit faire bon être un artiste en Norvège !



Après un resto typique Norvégien (« t’en veux, de la baleine ? »), on rentre à l’hôtel, et zou, dodo.

Jeudi 13 Mai

Jeudi ça commence à sentir la fin. On n’a que jusqu’à demain pour convaincre, et on sent qu’on est plus en position de challengers qu’en favoris … On y croit quand même. Moi j’y crois en tout cas. Sinon comment réussir à jouer le jeu ?

Donc on continue … On veut le vendre ce satellite !

L’alchimie de le négo change subtilement, les gens commencent à se connaître maintenant, on n’est plus dans la phase d’approche mais vraiment au cœur. Les deux-trois aspects juridiques important sur lesquels on n’a pas trouvé d’accord me donne du fil à retordre, le client est tellement en position de force que c’est difficile de faire passer ce que je veux. Humpf, j’aime pas ça ! Mais va falloir que je m’y fasse. Statistiquement il y a quand même beaucoup plus de négociations en situation de concurrence qu’en gré-à-gré.

Le soir on travaille dur : je planche sur une clause qui « ne me revient pas », je ne sais pas comment dire … C’est l’instinct qui parle plus que la rationalité. Je la lit, l’annote, la relit, en conjonction avec d’autres : qu’est-ce qui ne va pas ? Je finirai par trouver, après avoir bien fait chauffer les neurones. Mais j’aime ça ! Je me couche quand même bien cuite.

Vendredi 14 Mai

Ca y est, on touche à la fin. Le plus gros de la négo est passé, ce qui est fait est fait ; de mon côté la plupart de mes sujets sont passés et j’ai beaucoup moins la pression ; j’en profite pour faire quelques photos, et rattraper mon retard dans mes e-mails. Il y a quand même un peu d’effervescence: la dernière ligne droite …

Le soir on quitte le client, 1/2h trop tard pour chopper notre avion pour ceux qui avaient espéré rentrer le vendredi soir. Moi, qui me connaît bien, j’avais déjà pris le parti du pire, et fait réserver mon vol retour pour le samedi matin. De cette façon je ne me suis pas rongé les sangs tout le vendredi après-midi en me répétant « je vais louper mon avion, si on avance pas plus vite … ».

Donc là, on a du temps devant nous vu qu’on est pas dans un avion, on part en ville visiter le parc Vigeland, très très connu pour ses sculptures. Je vous laisse juge :




Comme vous le voyez, les Norvégiens, ils aiment bien les gens tous nus, et dans des postures toutes bizarres si possible. C’est pas mal mais je n’ai pas le choc culturel de ma vie on va dire.

Comme on part demain matin tôt, on passe notre dernière nuit dans un nouvel hôtel, près de l’aéroport. Et là, joie : ah, mais voilà une chambre d’hôtel digne de ce nom ! La preuve :

Bon, faut aimer le vert et le orange, on est d'accord !


Samedi 15 Mai

Outch, ça pique, le réveil à 4h30 le matin. Mais je suis bien contente de prendre le premier vol pour retrouver mes titis (JC lui n’est pas là, en WE avec ses potes du rugby – c’est ma BM qui les garde).

Comme d’habitude le trajet retour se passe dans le gaz : on est quand même tous bien essorés par le rythme assez intense propre à toute mission de ce genre, on est partagés entre l’espoir et le fatalisme, on a hâte d’être chez nous, et hâte de savoir la réponse du client … Et en même temps c’est la fin de quelque chose, le groupe se dissout, on ne sait pas quand on se reverra, surtout vu le climat économique du moment … Des missions, va pas y en avoir des masses. Je me console en me disant que c’est pas plus mal pour ma vie de famille alors que les enfants sont encore si petits, mais j’espère vraiment que ça ne va pas s’éterniser.

La veille j’ai fait demander par JC à ma BM de coucher les enfants assez tôt à la sieste. J’atterri vers 12h30, et je ne serai pas chez moi avant 13h30, mais je suis vraiment crevée et je veux pouvoir me reposer un peu avant de savourer le plaisir de les revoir.

Mon taxi me dépose devant chez moi vers 14h, je me dis qu’ils doivent dormir … Tu parles ! J’entre, une petite tornade brune me saute au cou : « Maman ! » ; très vite suivie de son petit-frère-tornade qui se dépêche de toute la force de ses petites jambes en baragouinant d’un air ravi.
Mes amours, ce que je les aime …

Gros câlin à trois : on dormira plus tard.

Epilogue

Vous êtes vous demandé(e)(s) si au final, on l’avait eu, ce contrat ? Et bien non : un euro à 1.44 dollars, ça vaut toutes les fiabilités techniques du monde. Tout ça pour ça ! C’est le jeu … J’espère m’y habituer, et j’espère bien que la prochaine fois, on reviendra couronnés de succès !

6 commentaires:

  1. Manque les photos non? (ou elles ne s'affichent pas?) Mais en tout cas, tres interessant. J'avoue que parfois j'aimerais faire travailler mes neurones "comme avant" ;) Bises!

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  2. Oui il manque les photos, sorry ! Pas eu le temps de les mettre ... Je vais essayer de faire ça demain soir. Avant de repartir en mission ... A Portsmouth !

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  3. Ce que j'aime par-dessus, forcément c'est la fin <3 J'ai hâte que tu trouves le temps pour les photos!! :)

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  4. Ca y est, j'ai rajouté les photos !

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  5. Ah c'est chouette de comprendre un peu mieux ce qui se passe pendant tes missions !!!!

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